
21 septembre 2026
Redécouvrir le courage
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1729 passages synchronisés
Notre société semble lancer à pleine vitesse sur une route qui va droit dans le mur.
Et pourtant, nous ne dévions pas.
Parce que de chaque côté de cette route, il y a un épais brouillard
et que nous avons plus peur du brouillard que du mur lui-même.
Alors, rester dans la voiture qui fonce dans le mur, ça fait peur, c'est sûr,
mais c'est confortable, il n'y a rien à faire.
Alors que sauter en marche, c'est autre chose et ça demande du courage.
Je m'appelle Arthur Massonneau et vous écoutez le premier épisode du podcast
Le mur et le brouillard.
Ce podcast, c'est l'occasion pour moi et pour vous d'aller voir dans le brouillard.
A chaque épisode, je prendrai un thème et on regardera ensemble
en quoi est-ce qu'on va collectivement dans le mur.
Mais surtout, qu'est-ce qu'il y a sur les côtés ?
On va allumer les feux de brouillard.
C'est quoi les alternatives ?
A quoi ça ressemblerait de faire autrement ?
Je vais vous emmener dans des lectures, d'essais, de fictions,
mais aussi des conférences que j'ai écoutées
et surtout des actions que j'ai vues.
Et j'ai partagé ce que j'en retiens,
avec évidemment une part de subjectivité.
Ce que je cherche avec ça, c'est une forme de troisième voie
entre un optimisme B.A.
qui dirait que les solutions sont toutes déjà là et qu'il suffit de les appliquer
et un défaitisme fataliste
qui dirait qu'on n'arrivera pas de toute façon à changer de direction.
Ce que je veux, c'est vous donner à voir des récits d'un futur désirable
et des pistes d'action pour que collectivement, on en prenne le chemin.
Alors chaque épisode suivra un même plan, avec trois temps.
D'abord, on va regarder le mur.
Vers quoi est-ce qu'on est en train d'aller, sachant que ça ne nous aidera pas ?
Ensuite, on regardera ce qu'il y a dans le brouillard.
Qu'est-ce qui est là, émergeant de chaque côté, mais qu'on n'ose pas regarder ?
Et puis surtout, le troisième temps, ce sera là où je vous proposerai de sortir de la voiture
et de dévier vous-même, dans votre organisation, dans votre communauté, dans votre vie,
du chemin qui semble nous précipiter dans le mur.
Les épisodes qui suivront, ils seront ancrés dans des choses très concrètes.
On va parler d'entreprise, de forêt, de pouvoir, d'héritage, de PIB ou encore de propriété.
Mais pour ce premier épisode, j'ai envie de commencer autrement,
par quelque chose de peut-être un peu plus philosophique, mais surtout d'un peu plus transverse.
Le thème de cet épisode, c'est le courage.
Et il y a deux raisons derrière ça.
La première raison, c'est que tous les épisodes qui vont suivre vont nous demander du courage.
Regarder dans le brouillard, c'est accepter d'abord de ne pas savoir ce qu'on va y trouver
et surtout, c'est accepter de ne plus pouvoir dire après qu'on ne savait pas ce qu'il y avait d'autre.
On ne savait pas qu'on pouvait faire autrement.
Et le courage, c'est souvent, ou en tout cas, c'est ce que je croyais,
ce qui permet de faire le premier pas vers ces autres réalités.
Et c'est, je crois, quelque chose qui traverse un peu tous les épisodes à venir.
Et c'est pour ça que c'était important pour moi de commencer et d'en parler tout de suite.
La deuxième raison, elle est plus personnelle.
Ce podcast que vous êtes en train d'écouter, ça fait presque trois mois que j'ai commencé à y travailler.
Et dans mon ordinateur, j'ai listé une trentaine d'épisodes.
J'ai rempli des notes et des débuts de scripts pour une quinzaine d'entre eux,
avec des sources, des lectures, des trucs à regarder.
J'ai un plan détaillé, j'ai un plan super clair.
Mais tant que je suis en train de remplir des fiches, je ne suis surtout pas en train de tourner
et je suis encore moins en train de publier cet épisode.
Et c'est ce moment-là, en vrai, qui me fait un peu peur de publier tout ça.
Faire un premier épisode sur le courage, finalement, c'est un message que je m'adresse à moi-même.
Et pour démarrer sur ce thème du courage et rentrer dans le vif du sujet,
je vous propose de faire un premier arrêt chez Hannah Arendt,
qui était philosophe, politologue,
et qui a notamment beaucoup travaillé sur les totalitarismes.
Et elle, elle fait une différence entre ce qui reste chez soi,
ce qui est du domaine du privé,
et ce qui est du domaine de l'espace public.
Et ce qu'elle appelle le courage,
c'est le moment où on accepte de faire un pas en avant,
du privé vers le public.
où on passe de quelque chose qu'on faisait pour soi,
et finalement, on accepte de se montrer et d'être vu.
Le courage pour Arendt,
c'est de franchir un seuil.
Ce n'est pas tellement un héroïsme,
c'est un passage de porte.
C'est le moment où on rend visible
ce qu'on faisait ou ce qu'on se disait dans le privé.
Et donc voilà, ce lancement de podcast,
c'est un passage de porte, un passage de seuil.
Et forcément, ça me coûte un peu.
J'ai peur de la manière dont vous allez recevoir ce que je raconte.
Il y a une part de moi qui me dit que je vais être jugé.
J'ai un peu honte de ce que je suis en train de faire.
Et en même temps, j'ai une forme d'excitation.
Et je trouve ça cool que vous soyez en train d'écouter quelque chose
sur lequel j'ai travaillé, réfléchi pendant plusieurs semaines.
Donc j'espère que ça va vous plaire aussi.
Et je vous emmène avec moi.
On va donc commencer par le mur.
Le mur, je vous le disais tout à l'heure, c'est le statu quo.
C'est ce vers quoi on va.
On sait que ce n'est pas forcément ça qui vient nous sauver.
Mais on est en train d'y foncer quand même.
Et ce mur, je l'ai retrouvé cet été, fin août.
C'était les universités d'été du MEDEF.
Et le MEDEF aussi, comme moi, a eu l'idée de faire du courage
le thème de ces universités d'été.
Et ça me permet de vous parler de cet événement
dont le sous-titre, c'était Entrer sur le cours.
Vraiment, il y a cette même image de quitter le vestiaire,
de se montrer, vraiment très lié à ce que racontait Hannah Arendt.
Je ne suis pas sûr qu'elle apprécie le rapprochement avec le MEDEF,
mais je le trouve intéressant.
Et ce qui m'intéresse, c'est de vous parler
des discours d'introduction et de clôture de Patrick Martin,
qui est le président du MEDEF.
En ouverture, il a c'était Clemenceau,
qui disait,
il faut savoir ce que l'on veut,
quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire,
et quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire.
Donc là, c'est le premier point,
on s'y arrêtera un petit peu juste après,
mais c'est que le courage,
c'est quelque chose qui découle du savoir
et de l'information.
Il faut savoir ce qu'on veut,
puis le dire, puis le faire.
Et puis, la deuxième chose sur laquelle on s'arrêtera juste après,
c'est dans le discours de clôture cette fois,
où il s'adresse au candidat à la présidentielle de 2027,
Et là, c'est intéressant,
d'abord, vous parlez de ça,
je trouve que cette phrase,
elle est symptomatique
de ce qu'on observe aujourd'hui.
Il dit dans la même phrase,
il est minuit moins le quart,
qu'il fait le constat de l'urgence,
et en même temps,
il délègue tout de suite.
Alors foncez, mesdames et messieurs les candidats,
soyez courageux.
Il fait une sorte d'exhortation au courage,
en disant,
c'est à vous, messieurs, mesdames,
les politiques,
d'être courageuse,
courageux,
alors que lui-même est président du MEDEF,
donc patron des patrons.
Et finalement,
dans cette voiture
qui semble lancer à pleine vitesse
contre un mur,
dont je parlais tout à l'heure,
personne ne se vit comme la personne
qui bloque les autres.
Chacun en train de constater,
et chacun demande aux autres
de mettre un coup de volant,
de tourner,
d'être courageux,
courageuse.
Et souvent,
dans le vocabulaire du courage,
on parle du courage managérial,
donc c'est au manager d'être courageux,
au courage de la transformation,
donc finalement,
c'est quelque chose
qu'on délègue presque
à l'organisation
qui doit se transformer
plutôt qu'aux individus.
Et puis souvent,
on parle du courage de dire les choses,
mais pas forcément
de prendre une action.
Et souvent,
c'est à l'impératif en plus,
ce courage,
c'est de tourner vers l'extérieur,
soyez courageux,
c'est quand même rarement
quelque chose
qu'on se dit à soi-même.
Et donc,
c'est peut-être le premier blocage,
peut-être la première raison
pour laquelle on va dans le mur,
c'est que,
on parle beaucoup de courage,
mais finalement,
on parle assez peu de courage
envers soi-même.
Et puis,
la deuxième façon
de ne pas être vraiment courageux,
c'est quelque chose
qui passe en plus
pour être vraiment hyper respectable,
c'est ce qu'on a
dans la citation de Clemenceau,
c'est de dire qu'être courageux,
ce serait de regarder
les choses en face,
de regarder à quel point
la situation,
elle est grave
d'un point de vue réglementaire,
climatique,
de la fracture sociale,
peu importe.
Mais,
en fait,
on n'a jamais eu autant de plans,
autant de rapports,
autant de feuilles de route
qui nous disent
que les choses sont graves
ou que les choses sont mal.
Moi,
dans mon métier,
on me demande souvent
de chiffrer
combien coûterait
telle ou telle crise
et c'est quelque chose
qui est très élégant,
finalement,
d'accumuler de l'information.
Mais pendant qu'on accumule
de l'information,
on n'est pas en train
de dévier.
Et c'est ça le problème,
c'est que
créer une feuille de route,
ça ne coûte rien,
ça nous engage pour le futur,
mais ça ne nous fait pas
faire des actions,
mener des changements
au présent.
et surtout,
ça n'engage pas
la personne qui signe
la feuille de route,
ça engage les personnes
qui ensuite vont devoir
l'amener.
Donc finalement,
le plan,
c'est un objet social
qui est confortable
et c'est un peu
l'inverse du courage.
Alors que décider,
ça coûte tout de suite
à la personne
qui prend la décision.
et alors,
en préparant cet épisode
sur le podcast,
je suis tombé sur un philosophe
que je ne connaissais pas,
qui est un philosophe anglais
qui s'appelle Timothy Morton,
ou Timothy Morton,
si on veut le dire,
ou Timothy Morton,
même si je veux le dire
en franco-français.
C'est un philosophe
qui est britannique donc,
qui a beaucoup travaillé
sur la pensée écologique
et ce qu'il nous dit de lui,
c'est qu'on a trop d'informations.
Il y a trop de données
et trop de données,
ça produit de la paralysie.
Et finalement,
si je file ma métaphore,
ça épaissit le brouillard
plutôt que de le dissiper.
Et pourtant,
c'est ça la stratégie dominante,
que ce soit dans les milieux écologistes
ou dans les entreprises
qui veulent mener
des plans de transformation,
c'est qu'on cherche
à informer encore et encore.
Et ce que dit Morton,
c'est que,
en fait,
des rapports du GIEC,
on en a suffisamment.
Ça y est,
on sait à quel point
c'est grave
comme situation,
que les situations
des entreprises,
elles sont graves aussi,
etc., etc.,
et que le douzième
ou le treizième rapport,
ce n'est pas un progrès
sur le onzième
ou le douzième,
c'est juste une couche de plus
sur des gens
qui ont arrêté de regarder.
Et moi,
je l'ai vécu,
cette idée de dire
que j'étais en train
de faire des choses
en préparant ce podcast.
j'ai livré 15 fiches
d'épisodes
et j'ai une pile
de lire à livre énorme
en me disant
« Ah là là,
c'est super,
je suis en train
de travailler là-dessus. »
Sauf que jusqu'à aujourd'hui,
vous n'aviez encore
rien écouté.
Et donc,
finalement,
accumuler
de l'information,
c'est une manière
de fuir le courage
tout en le faisant passer
pour tel.
Et donc,
si je résume
cette première séquence
sur ce qui fait
que ça ne fonctionne pas
aujourd'hui,
c'est d'abord
parce que le courage,
c'est souvent quelque chose
qu'on demande aux autres
plutôt que soi-même
et ensuite
parce qu'on passe du temps
à faire passer
le fait de regarder
les chiffres
pour du courage
alors que
ce qu'on a,
ce n'est pas une crise
de l'information,
c'est plutôt une crise
du passage à l'acte.
Et donc,
deuxième partie,
le brouillard,
je vous propose
de regarder maintenant
justement,
est-ce qu'il y a
des gens
qui nous expliquent
comment est-ce qu'on
pourrait rendre
le courage,
le vrai courage
celui du passage
à l'action
moins coûteux
ou est-ce qu'il y a
des moyens
de se rendre
plus courageux,
plus courageuse.
Et ce n'est pas facile,
je vous avoue
à chaque fois
de regarder
ce qu'il y a
dans le brouillard
parce qu'il y a
une phrase
que vous avez sans doute
déjà entendue
qui est de Fredric Jameson
qui disait
il est plus facile
d'imaginer la fin du monde
que la fin du capitalisme
et vous pouvez remplacer
le capitalisme
par autre chose,
peu importe,
il est plus facile
d'imaginer la fin du monde
que la résolution
du dérèglement climatique
où il est plus facile
d'imaginer la fin du monde
que la fin de la pauvreté.
Ça vaut pour tous
les phénomènes géants,
tous les phénomènes
qu'on a un peu du mal
à saisir
avec notre cerveau humain
parce qu'ils sont
trop grands
pour être compris
en entier.
Et en fait,
l'apocalypse,
c'est un récit
qui est disponible.
On a plein de films
hollywoodiens
qui nous racontent
comment est-ce
qu'on pourrait tous
disparaître
dans d'atroces souffrances
alors que l'alternative
à notre mode de vie existant,
finalement,
elle est assez peu répandue.
Et chez Timothy Morton,
on parle à nouveau de ça.
Lui,
il appelle ça
la non-localité.
Il explique
qu'il n'y a aucune
manifestation locale
d'un phénomène géant
qui naît le phénomène lui-même.
Par exemple,
la canicule qu'on a vécue
cette année
et la sécheresse
qui est associée,
c'est une tranche
du dérèglement climatique.
Ce n'est pas
le dérèglement climatique.
Et la pluie
qui tombe sur votre tête
en mars,
pareil,
c'est une tranche
du système climatique.
Et si on regarde
chaque épisode
l'un après l'autre,
ça ne nous permet pas
de saisir
l'intrication
qui existe
entre ces différents phénomènes.
Et donc,
on peut nier
chacune des manifestations
sans jamais vraiment mentir.
En tout cas,
on peut avoir
un débat
tranche par tranche
et c'est un moyen
d'éviter
le débat
sur l'intégralité
du système
parce que finalement,
on a du mal
à le saisir.
Et que,
je ne sais pas
si vous avez essayé
de lire
le rapport du GIEC,
le dernier,
le sixième rapport du GIEC
qui est sorti
il y a quelques années,
mais au total,
c'est 10 000 pages
et puis,
ce n'est pas très accessible.
Et puis,
en plus,
il y a plein de fautes
d'orthographe
ou de fautes de frappe.
Donc,
ça rend la lecture
un peu pénible.
Donc,
ce qui paralyse,
c'est que ça ne tient pas
dans un champ de vision
humain finalement.
Et donc,
essayer d'avoir du courage
en passant par
le fait de saisir
l'ampleur des phénomènes,
c'est le meilleur moyen
de simplement
passer une vie
à regarder à côté.
Et,
il y a une philosophe
chez qui j'ai envie
de vous emmener
qui est Simone Weil.
Alors,
Simone Weil avec un W,
pas la femme politique,
la philosophe
qui est née en 1919
et qui est décédée
en 1943
après avoir rejoint
la France libre
en Angleterre.
Et,
elle nous dit,
je cite,
le mal commence
avec le simple fait
de ne pas voir
ou de minimiser le mal
en se demandant
en quoi ça nous concerne.
Fin de citation.
Et,
ce qu'elle nous dit
comme étant
la condition du courage,
c'est l'attention.
Ce n'est pas
la bonne volonté
ou de la gentillesse,
c'est vraiment
l'attention
qu'elle considère
comme étant
la forme la plus rare
de générosité.
Et donc,
être attentif selon elle,
c'est se sentir concerné
et c'est le premier pas
du courage.
Et donc,
finalement,
c'est s'attacher
à regarder vraiment,
à voir vraiment
des petits phénomènes
et de se sentir
concerné par eux
plutôt que d'attendre
de voir l'intégralité
du système.
Et donc,
le courage,
c'est un peu
contre-intuitif
mais ce n'est pas
le contraire de la peur
dans ce qu'elle nous dit,
c'est le contraire
de l'indifférence.
Et si c'était
le contraire de la peur,
il faudrait attendre
d'être effrayé
et il faudrait,
par exemple,
pour l'épisode
d'incendie
dans les Landes
cet été,
moi,
j'étais à plusieurs
centaines de kilomètres
des Landes.
Je n'ai pas été effrayé.
J'ai pu vivre
de la tristesse,
j'ai pu vivre
de la compassion
mais pas de la terreur.
Et si vous attendez
d'être terrorisé
par un phénomène,
vous pouvez attendre
une vie entière
et notamment
si, comme moi,
vous êtes globalement
privilégié
sans que vous y soyez
pour rien
mais parce que
vous vivez
dans un endroit
qui est un peu
moins touché
parce que
vous avez les moyens
de partir en vacances
là où il fait
un peu moins chaud,
etc.
vous pouvez continuer
à rester pas effrayé
et donc vivre
une forme d'indifférence
face à ce que vivent
d'autres personnes
parce que par procuration
c'est forcément
moins vif
que quand on vit
les choses soi-même.
Et donc,
c'est peut-être
un des premiers
apprentissages
cruciaux
de ce que vous êtes
en train d'écouter.
Le courage
c'est le contraire
de l'indifférence.
C'est d'accepter
de vous sentir concerné
parce qu'il ne vous regarde pas.
Et donc,
si je reprends
ma métaphore filée,
finalement,
foncer dans le mur
ça ne demande pas
de courage.
Et il y a une autre oeuvre
dans laquelle
le courage
est un peu le contraire
de l'indifférence,
une oeuvre de fiction cette fois,
c'est Harry Potter
et le prisonnier d'Azkaban,
le troisième volet
d'Harry Potter.
Je ne sais pas
si vous vous souvenez
de cette scène
dans laquelle
Harry Potter a vécu
dans le passé,
parce que c'est l'épisode
dans lequel
ils peuvent voyager
dans le temps.
Et donc,
il a vécu
une première fois
le fait d'être attaqué
par une armée
de détraqueurs
et il est au bord
d'un lac
avec des dizaines
et des dizaines
d'entre eux
qui sont en train
de lui tournoyer autour
et il aperçoit
de l'autre côté du lac
ce qu'il pense être
son père
qui arrive
et qui jette un sort
qui fait jaillir
son patronus
en forme de cerf
et qui se débarrasse
des détraqueurs.
Et un peu plus tard
dans le film,
il revient sur cette même scène
et donc il s'observe
lui-même
en train d'être attaqué
et là,
il attend
parce qu'il est persuadé
que son père
va arriver
et lancer le sort.
Et donc,
il regarde,
il regarde,
mais il ne voit
personne arriver.
il y a un tournant
de cette scène,
c'est quand il arrête
de se vivre
en tant que spectateur
en attendant
que son père arrive
mais il comprend
que c'est lui l'acteur
et qu'en fait,
la silhouette
qu'il a vue
dans le passé,
c'est lui du futur
qui venait
et qui lançait
ce sort-là.
Et donc,
il se sauve lui-même
en décidant
de devenir acteur.
Et j'ai fait ce détour
pour vous faire comprendre
que tant que personne
ne se sent concerné,
personne ne mette
coup de volant,
personne ne conduit.
Et on peut ne pas
se sentir concerné
alors qu'on dirige
un groupe de milliers
de personnes.
On peut se sentir concerné
alors qu'on est
aux responsabilités politiques
parce qu'il y a toujours
quelqu'un de plus puissant.
Il y a toujours quelqu'un
qui semble être
la personne qui est au volant
mais qui elle-même
ne se vit pas comme telle.
Et donc,
le courage
qui est l'inverse
de l'indifférence,
c'est le fait de se dire
en fait,
je ne suis pas spectateur,
je peux devenir acteur
à mon niveau
et ce que ça demande,
on en reparlera
dans d'autres épisodes
du podcast,
c'est de déterminer
quelle est votre zone
d'influence.
Où est-ce que finalement
vous êtes,
vous avez le pouvoir
de faire une différence
sur les choses.
Donc ça,
c'est la première chose
qu'on découvre,
ce diptyque
entre courage
et indifférence.
La deuxième chose,
je l'ai trouvé
chez Cynthia Fleury
qui a écrit un livre
qui est central
si on veut
s'intéresser au courage
qui s'appelle
La fin du courage
qui a été publié
en 2010
chez Erol,
je crois.
Et ce qu'elle nous dit,
Cynthia Fleury,
c'est que
l'érosion du courage
ce n'est pas
une faiblesse morale
individuelle,
ce n'est pas
qu'on est en train
de devenir des individus
moins courageux,
c'est que c'est
un problème politique.
Et ça,
pour moi,
c'est assez
contre-intuitif aussi.
en fait,
ce qu'elle dit,
c'est qu'on ne peut pas
exhorter le courage,
on ne peut pas dire
« Allez les gars,
il faut un peu
de courage managérial,
ça ne fonctionne pas
comme ça
parce que ça fait reposer
sur des individus
quelque chose
que le système
ou le contexte
ne les encourage pas
à faire.
Ce qu'il faut,
c'est des institutions
qui soient réelles,
qui soient institutionnalisées
et aujourd'hui,
c'est plutôt l'inverse.
Aujourd'hui,
dans une organisation classique,
la personne qui va signaler
un dysfonctionnement,
c'est elle qui risque de payer
alors que souvent,
si on stag,
on fait ce qu'on nous a demandé,
on peut continuer
à être promu.
Dans une entreprise cotée,
si vous êtes aux responsabilités,
vous devez rendre des comptes
tous les trimestres
aux investisseurs
et donc,
il faut que chaque trimestre,
vous soyez en mesure
de montrer
qu'il y a eu une amélioration
par rapport
au trimestre précédent.
Donc,
on est sur un temps
qui est très court,
là où des décisions
qui apparaissent
comme courageuses,
elles peuvent rapporter
à l'organisation
peut-être à horizon 5 ans,
10,
voire 15 ans
et 15 ans,
en fait,
ça va rapporter
à votre successeur,
pas à vous.
Donc,
pour bien naviguer
dans sa carrière,
il vaut mieux
ne pas se faire remarquer
sur des mauvais sujets,
il vaut mieux
ne pas faire peur
aux investisseurs
au risque de se faire sortir
et donc,
se taire sur des choses
un peu compliquées,
c'est une stratégie optimale
et en parler,
ce n'est pas du courage,
c'est de la bêtise
dans les règles du jeu
qui sont les nôtres.
et donc,
pour avoir une place
au courage,
il faut que ça ne dépende
pas des individus,
il faut l'institutionnaliser,
il faut mettre en place
des contraintes extérieures
et c'est le meilleur moyen
de ne pas culpabiliser
des gens
qui,
s'ils deviennent courageux,
sont en train
de prendre des risques.
et c'est l'objet
de cette troisième séquence,
du troisième temps
que je vous propose
après avoir vécu
le mur
et le brouillard,
de regarder un peu
du côté de l'action.
C'est quoi
les manières
qu'on a
d'institutionnaliser
le courage
et de l'ancrer
dans votre réalité
à vous.
Donc,
je vais vous parler
de trois histoires,
une à l'échelle
d'un pays,
une que vous pouvez lancer
dans votre organisation
et puis une troisième
qui dépend surtout
de vous
et on y arrive ensemble.
La première,
c'est en Irlande
en 2012,
c'est à l'échelle
d'un pays,
on a 66 citoyens
qui sont tirés au sort
avec 33 parlementaires
pour faire un groupe
de 99 personnes
et on leur a demandé
de travailler
pendant un an
sur un socle
de recommandations
pour impacter
et ensuite
la constitution
du pays.
Et le gouvernement,
en lançant
ce dispositif-là,
il s'engage
sur trois choses.
Première chose,
c'est de répondre
publiquement
à chacune des recommandations
sous quatre mois.
un,
il y a le comment,
on va répondre publiquement
et puis c'est ancré
dans le temps.
La deuxième chose,
c'est de mettre en place
un débat au Parlement
à chaque fois.
Et la troisième chose,
c'est que s'il y a
une révision
de la constitution
qui est acceptée
au Parlement,
alors c'est de proposer
un référendum
et d'annoncer
un calendrier pour ça.
Et une fois que vous avez
défini ça,
le projet est lancé
et il n'y a plus besoin
d'une personne courageuse
qui accepte
de prendre la parole
ou qui accepte
de mettre en place
telle ou telle loi
puisque c'est le dispositif
lui-même
qui rend
le silence impossible
et l'enterrement coûteux.
Il y a une différence
fondamentale
avec ce qu'on a fait
chez nous,
avec la Convention citoyenne
pour le climat.
Souvenez-vous,
en 2019,
si je ne dis pas de bêtises,
l'engagement français,
c'était de rendre,
ou l'engagement français
ou l'engagement
d'Emmanuel Macron d'ailleurs,
c'était de reprendre
les propositions
sans filtre.
Donc il y a une promesse
qui est hyper spectaculaire
mais qui est aussi
intenable.
En fait,
sans savoir
ce qui va sortir,
vous ne pouvez pas
vous engager
et surtout,
Emmanuel Macron,
c'était son premier mandat,
a peut-être oublié
qu'il ne pouvait pas
promettre le résultat
d'un vote parlementaire.
Il ne savait pas
ce qu'il allait se passer
au Parlement ensuite.
Donc forcément,
ça allait être rompu.
Et puis,
la première rupture
fait que l'ensemble
du dispositif
est décrédibilisé
et que ce n'est pas grave
s'il y a une grosse partie
des mesures
qui ne sont pas passées.
Et c'est ce qui a eu lieu
finalement,
c'est que
la grande majorité
des mesures proposées,
elles ont été
mises à la poubelle
ou complètement dévoyées.
Là où l'engagement
irlandais,
même s'il était
plus modeste
et plus proportionné,
finalement,
il a tenu
dans le temps
puisque trois ans après,
ce que ça a donné,
c'est que le mariage
entre les personnes
de même sexe
a été adopté
par référendum
à 62%,
ce qui était
une recommandation
de la convention.
Et le même jour,
une autre proposition
qui était d'abaisser
à 21 ans
l'âge minimum
pour se présenter
à la présidence
de la République,
lui était rejeté.
Donc,
le processus démocratique
a suivi son cours.
Le dispositif
n'avait pas garanti
qu'il y aurait un résultat
pour chacune des propositions.
Par contre,
il y avait une garantie
que la question 1
serait posée
et 2 que la réponse
serait publique.
Donc,
la meilleure manière
de susciter du courage,
finalement,
ça a été de faire en sorte
que les gens
n'aient pas besoin
d'être courageux
individuellement.
Et ça,
c'est quelque chose
que vous pouvez mettre
aussi en place
dans une organisation,
dans une entreprise,
dans une grosse asso,
dans une commune.
C'est de l'ordre du faisable,
de tirer au sort
50 personnes
ou 100 salariés,
leur donner du temps,
de l'information
des experts
et puis de la facilitation
et de l'ingénierie
qui ne sont pas orientés,
qu'ils ont accès
de manière proportionnée
aux différentes sources
d'informations
et que ces recommandations
soient émises au COMEX
et que dès le premier jour,
dès le jour
où vous lancez ça,
vous vous engagez
à les traiter.
Pas forcément
à tout mettre en œuvre,
mais en tout cas
à argumenter
et à demander au COMEX
ou au conseil d'administration
suivant votre gouvernance
d'émettre des réponses,
d'abord de susciter
des discussions
et puis ensuite
d'émettre des réponses.
Ce qui est intéressant
derrière ça,
c'est que ça va vous permettre
de mettre sur la table
des discussions
qui sinon,
elles demanderaient
une posture courageuse
de votre part.
Avoir une discussion
sur une activité
qui représente
20% de votre chiffre d'affaires
et 80% de vos émissions
de CO2 par exemple
ou d'un client
qui représente
80% de votre chiffre d'affaires
mais qui du coup
crée une dépendance
qui est hyper importante.
C'est le genre
de discussion
qui en tant que dirigeant
n'est pas facile
à amener
parce que
ça mettrait
la lumière sur vous
comme un oiseau
de mauvaise augure.
Alors que si ça émerge
du dispositif
qui a été mis en place
et qui a été validé,
alors ça permet
d'avoir ces discussions
assez difficiles.
Et donc,
le fait de dire
la phrase
« je ne sais pas
ce qui va en sortir
et quoi qu'il arrive,
je m'engage à y répondre »,
là,
c'est quelque chose
qui devient coûteux
à briser
mais le courage
il n'est que là.
Tout le reste,
ça devient
beaucoup plus facile.
Et ça me fait penser
à un niveau individuel
avant d'arriver
sur ma troisième proposition
à un dispositif,
à un atelier
qui s'appelle
The Week
qui a été créé
par Frédéric Laloux
qui fait cette proposition
qui a une série
de trois documentaires
qui durent
environ 45 minutes
chacun.
Et l'idée,
c'est de dire
vous allez inviter
vos amis
ou vos collègues
à regarder ensemble
ce documentaire
trois jours successifs
ou en tout cas
au sein de la même semaine.
c'est pour ça
que ça s'appelle
The Week
et après chacun
des documentaires,
il y a des prompts,
des invitations
qui sont lancées
à avoir une discussion
assez courte
d'une vingtaine de minutes,
une trentaine de minutes
avec les personnes
que vous avez invitées.
Et moi,
je l'ai organisé
plusieurs fois
cet atelier
y compris
dans un contexte
professionnel
et ça a donné lieu
à des discussions
que jamais
j'aurais osé
mettre sur la table
avec mes collègues.
Alors que là,
j'étais sous couvert
d'un dispositif
et ce n'est pas
parce que j'ai manqué
de courage
que je n'ai pas réussi
à les mettre en œuvre,
c'est juste que
c'était trop dangereux
pour moi
dans mon contexte professionnel
d'amener
ces discussions-là
alors même que
le fait
d'arriver
par ce type
de dispositif
finalement
c'est un moyen
détourné
d'être courageux
courageuse
ensemble
sans que ça dépende
d'une personne
qui prendrait
un risque
à ce moment-là.
et la troisième chose
dont je voudrais
vous parler
après le référendum
irlandais
et ce que vous pouvez
faire à l'échelle
d'une organisation
c'est
celle qui est
individuelle
qui est peut-être
la plus exigeante
mais c'est
d'avoir en tête
une posture
qui est une posture
intellectuelle
mais aussi
une posture
d'action
qui nous vient
d'un monsieur
qui s'appelait
Albert Thierry
qui était instituteur
et syndicaliste
au début du XXe siècle
et qui nous parle
du refus
de parvenir.
Alors moi
c'est quelque chose
que j'ai découvert
chez Corine Morel
d'Arleux
qui a écrit un petit livre
qui s'appelle
Plutôt couler en beauté
que flotter sans grâce
que j'ai beaucoup
offert
que je trouve
vraiment intéressant
et le refus
de parvenir
c'est quelque chose
qu'il a vécu
dans sa chair
puisqu'il a refusé
de devenir officier
il a refusé
de devenir chef
et il est mort
dans les tranchées
en 1915
mais le refus
de parvenir
c'est l'idée
de dire que
si vos valeurs
ne sont pas compatibles
avec quelque chose
qu'on vous propose
comme par exemple
un poste
avec plus de responsabilité
une trajectoire
ou quelque chose
qui va avoir
un effet favorable
sur le regard des autres
et que vous
vous sentez
que ce statut promis
est un compromis
avec qui vous êtes
le fait de le refuser
donc de refuser
de parvenir
de refuser une promotion
c'est finalement
le meilleur moyen
de rester aligné
avec vos convictions
et c'est important
parce que
ça vient déplacer
cette idée
d'institutionnaliser
le courage
dans quelque chose
que vous allez installer
comme une fonctionnalité
de votre fonctionnement
à vous
en disant
moi j'installe
cette idée
que le refus
de parvenir
c'est possible
dans mon parcours
dans mon histoire
et à chaque fois
qu'on va me proposer
une promotion
je vais réfléchir
est-ce que oui ou non
c'est aligné
avec mes valeurs
et donc
ça dépend toujours
de vous
mais vous avez
quelque chose
auquel vous rattachez
moi j'ai le sentiment
d'avoir fait un peu
alors évidemment
pas à l'échelle
d'un Albert Thierry
mais je travaillais
pour une agence
d'innovation
qui a été rachetée
par un grand groupe
américain
pour lequel
post-rachat
j'ai dirigé
le lab d'innovation
pour la France
sur les sujets
de développement durable
j'y ai passé un an
avec un très beau budget
auquel j'aurais
jamais eu accès
ailleurs
un très beau projet
mais on m'a demandé
d'avaler
beaucoup de couleuvres
on m'a souvent dit
qu'il fallait que je
mette de l'eau
dans mon vin
sur certaines convictions
et que j'arrête
de donner
certains messages
et donc j'ai décidé
de partir
au bout d'un an
malgré
les promesses
ou les perspectives
d'évolution
de salaire
de statut
etc
et puis en plus
de partir
un peu radicalement
en allant
m'installer
en Franche-Comté
en milieu rural
pour monter
un écolieu
pour aller chercher
une forme d'indépendance
et me reconnecter
avec la notion
d'autonomie
même si
pareil
on en reparlera
dans d'autres épisodes
et puis surtout
de pouvoir choisir
vraiment les entreprises
que j'accompagne
et celle
avec lesquelles
je décide
de ne pas travailler
et il y a plein de gens
qui n'ont pas compris
qui ont trouvé
que c'était un manque
d'ambition
finalement de faire ça
d'autres qui m'ont félicité
mais je sais que j'ai déçu
j'ai déçu des gens
alors bien sûr
c'est un refus de parvenir
qui est assez relatif
parce que je prends un risque
qui est faible
j'ai des retours en arrière
qui sont possibles
je garde un niveau de vie
qui reste globalement élevé
etc.
mais
j'ai pas l'impression
d'avoir fait quelque chose
d'héroïque
parce que simplement
je me suis référé
à un imaginaire
à une réalité
que j'avais vue
chez d'autres
et que j'ai pu faire moi
sans avoir l'impression
d'être complètement
à contre-courant
et donc
finalement
ce que nous dit
Cynthia Fleury
et je vais conclure
cette troisième partie
avec ça
c'est qu'une société
qui a besoin de héros
elle a mal réglé
ses institutions
elle a mal réglé
ses processus
et si les individus
ont besoin de réunir
tout leur courage
pour changer de vie
c'est un peu la même chose
c'est qu'il a mal réglé
ce qui comptait
pour lui et pour elle
si c'est un crève-cœur
total
de vous aligner
avec vos convictions
parce que
vous avez peur
du jugement des autres
c'est que
vous pouvez peut-être
mettre un peu différemment
le curseur
sur ce qui est important
pour vous
et donc ça nous mène
tranquillement
vers la fin
de ce premier épisode
en résumé
ce qu'on a vu
c'est qu'il y a deux manières
assez efficaces
de ne rien faire
de ne pas mettre
de coup de volant
ni de sortir de la voiture
qui est lancée
contre le mur
la première manière
c'est d'espérer
et de se dire
que la solution
viendra plus tard
et donc
d'attendre
que la solution arrive
et qu'elle vienne
de quelqu'un d'autre
et puis la deuxième solution
c'est de désespérer
c'est de se dire
quand on voit
toutes ces informations
qu'il n'y a pas de solution
qu'on reste dans la voiture
parce que de toute façon
ce qu'on a de mieux à faire
c'est de se rouler en boule
et d'attendre
que ça
que ça explose
et dans les deux cas
finalement on reste
dans cette voiture
et puis on retourne travailler
alors l'esprit est tranquille
dans le cas de l'espoir
et puis l'esprit plutôt intranquille
dans le cas du désespoir
mais ça reste deux formes d'indifférence
ça reste deux formes
deux moyens de se dire
ça ne me concerne pas
et c'est à d'autres personnes
ou à personne du tout
de prendre des décisions
et surtout de mettre en place
des actions
c'est des formes d'indifférence
qui ont bonne conscience
dans les deux cas
que ce soit l'espoir
ou le désespoir
on ne sera jamais mal jugé
pour ça
à part peut-être
par soi-même
et donc
il y a une
position du milieu
je crois
avec un nom
qui est proposé
par Donna Haraway
qui est biologiste
et philosophe américaine
et qui travaille
depuis les années 80
sur notre lien
avec le vivant
et les autres espèces
et ce mot
cette expression
c'est aussi le titre
d'un de ses livres
c'est de rester avec le trouble
et rester avec le trouble
je vais vous laisser là-dessus
avec cette phrase-là
ça veut dire
ni croire au récit
qui va nous sauver
ni à celui qui nous condamne
parce que dans les deux cas
ça nous ferait abandonner
et donc c'est accepter
de continuer à travailler
avec un problème
qui sera sans doute
pas résolu aujourd'hui
et qui sera en plus
pas résolu tout seul
c'est ça
la troisième voie
entre l'optimisme
et le fatalisme
c'est d'accepter
de rester avec le trouble
c'est pas facile
et ce qui est encore plus difficile
c'est d'emmener les autres
avec vous
et de leur expliquer
j'ai une super idée
mais je ne suis pas
tout à fait certain
de comment est-ce que
je peux la définir
mais c'est ce que
je vais essayer de faire
dans les prochains épisodes
de ce podcast-là
et si vous êtes resté
jusqu'ici avec moi
c'est que peut-être
je vous ai un peu
donné cette envie
de rester avec le trouble
d'accepter
que petit à petit
centimètre après centimètre
on peut essayer
de faire dévier la voiture
donc moi j'ai puiser
dans le courage
que j'avais
pour sortir ce premier épisode
et c'est un passage de seuil
avec un mélange de peur
et d'excitation
et je m'engage
à en sortir d'autres
si et seulement si
cet épisode
vous a fait quelque chose
et que vous m'envoyez
des signaux
pour me le dire
que ce soit
de me laisser des commentaires
ou des notes
des petites étoiles
sur votre
sur votre application
de podcast préféré
c'est un podcast
que je lance
c'est un tout début
donc je vais avoir besoin
de vous
pour le faire vivre
au-delà des quelques personnes
auprès desquelles
je l'aurais envoyé
laissez-moi un commentaire
et écrivez-moi
ce que vous en avez pensé
c'est peut-être
un tout petit passage
à l'action minuscule
qui ne coûte presque rien
mais ça fait que moi
ça va me motiver
et ça va me donner
une réalité extérieure
un peu institutionnalisée
d'enregistrer un deuxième
puis un troisième épisode
et finalement
à partir du moment
où j'ai dit publiquement
que si vous m'envoyez
si vous m'envoyez
des signaux
alors
j'irai plus loin
finalement
ce ne sera pas du courage
ce sera simplement
une obligation morale
que j'ai vis-à-vis de vous
voilà
c'était Arthur Massonneau
vous avez écouté
le mur et le brouillard
épisode 1
alors merci d'avoir été là
pour cette toute première fois
et à très bientôt
À propos de cet épisode
Chapitrage
0:00 Ouverture : le mur, le brouillard, et pourquoi on ne dévie pas
2:40 Pourquoi commencer par le courage, et pourquoi c'est un message que je m'adresse
5:10 Premier temps, le mur : Hannah Arendt et le courage comme passage de seuil
6:40 L'université d'été du MEDEF, Clemenceau et « il est minuit moins le quart »
10:00 Deuxième blocage : accumuler de l'information au lieu d'agir
11:45 Timothy Morton : trop de données produisent de la paralysie
13:50 Deuxième temps, le brouillard : pourquoi l'alternative est moins disponible que l'apocalypse
15:20 La non-localité : nier chaque manifestation sans jamais mentir
17:00 Simone Weil : l'attention comme condition du courage
18:20 Le courage est le contraire de l'indifférence
21:20 Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban : arrêter d'attendre que quelqu'un arrive
24:00 Cynthia Fleury : le courage est un problème politique, pas moral
26:30 Troisième temps, l'action : la convention constitutionnelle irlandaise de 2012
30:00 La transposer dans une organisation : le dispositif qui autorise la discussion difficile
32:30 The Week, de Frédéric Laloux
33:40 Le refus de parvenir d'Albert Thierry, et pourquoi j'ai quitté un grand groupe
38:00 Rester avec le trouble, avec Donna Haraway
Références citées dans l'épisode
Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, 1958. La distinction entre l'espace privé et l'espace public, et le courage comme franchissement du seuil entre les deux. Pas un héroïsme, un passage de porte.
Patrick Martin, discours d'ouverture et de clôture de l'université d'été du MEDEF, la REF, 26 et 27 août 2026, stade Roland-Garros, sous le mot d'ordre « entrer sur le court ». La phrase commentée dans l'épisode : « il est minuit moins le quart, alors foncez, mesdames et messieurs les candidats, soyez courageux ».
Georges Clemenceau, cité en ouverture par Patrick Martin : « Il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. »
Timothy Morton, Hyperobjects: Philosophy and Ecology after the End of the World, University of Minnesota Press, 2013. Deux idées reprises dans l'épisode : l'excès d'information produit de la paralysie plutôt que de la lucidité, et la non-localité, qui fait qu'aucune manifestation locale d'un phénomène géant n'est ce phénomène, ce qui permet de nier chaque tranche sans jamais mentir.
Fredric Jameson, « il est plus facile d'imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». Formule reprise par Slavoj Žižek et popularisée par Mark Fisher dans Le Réalisme capitaliste.
GIEC, sixième rapport d'évaluation, AR6, cycle achevé en 2023.
Simone Weil (1909-1943), philosophe, à ne pas confondre avec Simone Veil. Rejoint la France libre à Londres en 1942, meurt en août 1943. L'attention comme « la forme la plus rare de générosité », et donc comme condition du courage : être attentif, c'est se sentir concerné.
Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban, J. K. Rowling, 1999, adapté au cinéma par Alfonso Cuarón en 2004. La scène du Patronus au bord du lac.
Cynthia Fleury, La fin du courage, Fayard, 2010. L'érosion du courage comme problème politique et non comme faiblesse morale individuelle, et l'idée qu'une société qui a besoin de héros a mal réglé ses institutions.
Convention constitutionnelle irlandaise, 2012-2014. 66 citoyens tirés au sort, 33 parlementaires et un président, réunis de décembre 2012 à février 2014. Le gouvernement s'était engagé sur trois points : répondre publiquement à chaque recommandation sous quatre mois, ouvrir un débat au Parlement, et annoncer un calendrier de référendum en cas de révision constitutionnelle acceptée. Le 22 mai 2015, le mariage entre personnes de même sexe est adopté par référendum à 62,07 %. Le même jour, l'abaissement à 21 ans de l'âge d'éligibilité à la présidence est rejeté.
Convention citoyenne pour le climat, France, 2019-2020, et la promesse de reprise des propositions « sans filtre », citée en contrepoint du cas irlandais.
The Week, dispositif créé par Frédéric Laloux : trois documentaires d'environ 45 minutes regardés en groupe sur une même semaine, chacun suivi d'une discussion guidée.
Albert Thierry (1881-1915), instituteur, écrivain et syndicaliste, mort au front. Le refus de parvenir, formulé vers 1912 dans La Vie ouvrière.
Corinne Morel Darleux, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Libertalia, 2019. C'est par ce livre que le refus de parvenir est arrivé jusqu'à cet épisode.
Donna Haraway, Staying with the Trouble: Making Kin in the Chthulucene, Duke University Press, 2016. Traduction française : Vivre avec le trouble, Les Éditions des mondes à faire, 2020. Ni le récit qui sauve ni celui qui condamne.
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Ce qui a nourri l'épisode sans y entrer
Ces références ont servi à la préparation et ont été écartées en cours de route faute de place.
Danone et l'éviction d'Emmanuel Faber. Transformation en société à mission votée le 26 juin 2020 à 99,42 %, lettre de Bluebell Capital Partners le 18 janvier 2021, éviction les 14 et 15 mars 2021, titre en hausse de 4,2 % le jour de l'annonce. Un engagement statutaire conçu pour quinze ans, défait en neuf mois, et valorisé par le marché. C'était la preuve chiffrée de la thèse de Cynthia Fleury. Le passage figurait dans le script et n'a pas été dit au micro.
Le paradoxe d'Abilene, Jerry B. Harvey, Organizational Dynamics, 1974, puis The Abilene Paradox and Other Meditations on Management, 1988. Une famille part en voiture pour Abilene un après-midi étouffant sans que personne en ait envie, chacun croyant faire plaisir aux autres. Harvey en tire que le problème des organisations n'est pas de gérer le désaccord mais l'accord. Remplacé par le MEDEF, qui faisait le même travail sur du matériau d'actualité.
Ursula K. Le Guin, Les Dépossédés, 1974, et l'idée des murs intérieurs : « nous avons construit des murs tout autour de nous-mêmes, et nous ne pouvons pas les voir parce qu'ils font partie de notre pensée ». Coupé pour la durée. Le brouillard intérieur est un sujet à lui seul.
Hannah Arendt et l'irréversibilité de l'action. Chez Arendt, agir demande du courage parce que l'acte est irréversible. Mais l'action est devenue effaçable : une actualité chasse l'autre, et ce qui a coûté cher est oublié trois jours plus tard. Bloc écrit puis retiré, il demandait quatre minutes d'abstraction au milieu de l'épisode. Candidat à un épisode entier.
Brené Brown, Daring Greatly, 2012, et Dare to Lead, 2018, sur vulnérabilité et courage. Recouverte par Weil et Fleury, plus fondatrices sur ce point précis.
