Le vide ne refroidit pas. Il isole. Je pensais qu’un datacenter dans l’espace serait plus facile à refroidir. Après tout, dans l’espace, il fait froid. Sauf que non. Le vide ne refroidit pas. C’est même un excellent isolant. Un datacenter transforme de l’électricité en calcul, puis en chaleur. Sur Terre, on évacue cette chaleur avec de l’air, de l’eau, des échangeurs et des infrastructures. En orbite, il faut surtout rayonner cette chaleur dans le vide. Dans cet épisode solo, je pars du satellite datacenter AI1 de SpaceX pour parler de thermodynamique, d’orbite basse, de Starlink, de Dyson Sphere, de Halo et d’un sujet beaucoup plus politique : ce qui arrive à un bien commun quand une entreprise privée arrive la première. Parce que l’espace paraît infini. L’orbite basse, elle, ne l’est pas. Chapitres 00:00 - C’est thermodynamiquement stupide 01:10 - SpaceX, IPO et satellite datacenter 01:52 - Le vide ne refroidit pas 03:15 - Pourquoi il faut des radiateurs dans l’espace 04:15 - Un GPU transforme l’électricité en chaleur 05:57 - Starlink et l’orbite basse 08:01 - Dyson Sphere : capter l’énergie d’une étoile 10:01 - Halo et les mégastructures de science-fiction 12:44 - Le fantasme du grand méchant industriel 13:05 - L’orbite basse comme infrastructure privée 14:06 - Le vrai sujet : chaleur, énergie et biens communs Notes après enregistrement Je reprends mes notes après l’enregistrement pour remettre les bons chiffres et les sources. Parce que forcément, comme je n’ai pas mis mon script par écrit, je ne retrouve pas les bons chiffres quand j’enregistre. Vous inquiétez pas, ils sont pires. SpaceX et valorisation Reuters indiquait le 11 juin 2026 que SpaceX avait levé 75 milliards de dollars lors de son IPO, au prix de 135 dollars par action, pour une valorisation initiale de 1,77 trillion de dollars. Quelques jours plus tard, Reuters évoquait une valeur de marché autour de 2,52 trillions de dollars. Sources : https://www.reuters.com/world/musks-spacex-prices-record-75-billion-ipo-135-share-2026-06-11/ https://www.reuters.com/legal/transactional/spacex-shares-tumble-post-ipo-frenzy-loses-steam-2026-06-18/ Satellite AI1 de SpaceX Dans l’épisode, je parle d’un satellite d’environ 250 mètres une fois déployé. Le bon ordre de grandeur public est plutôt : environ 70 mètres d’envergure déployée ; environ 20 mètres de hauteur une fois déployé ; 150 kW de puissance de calcul en pic ; 120 kW de puissance de calcul soutenue ; environ 110 m² de radiateurs liquides déployables. En vrai, j’avais peur d’un satellite futur avec 30 ou 50 m² de radiateurs. L’enfer est déjà là : AI1 annonce 110 m² de radiateurs déployables. Et 110 m², c’est très concret. C’est une bande de 100 mètres de long sur un peu plus d’un mètre de large. Source : https://www.datacenterdynamics.com/en/news/spacex-details-ai1-satellite-data-center-claims-150kw-peak-compute/ Comparaison avec les serveurs IA au sol Pour donner un ordre de grandeur, NVIDIA donne le DGX H100/H200 à 10,2 kW maximum. Un serveur IA haut de gamme, c’est déjà l’équivalent d’un gros radiateur électrique. Un rack IA moderne peut monter beaucoup plus haut. Source : https://docs.nvidia.com/dgx/dgxh100-user-guide/introduction-to-dgxh100.html Starlink et orbite basse Space.com indiquait qu’au 1er juin 2026, SpaceX avait déployé environ 10 413 satellites Starlink, dont 10 397 opérationnels. Le suivi de Jonathan McDowell permet de consulter l’historique orbital des satellites Starlink. Sources : https://www.space.com/spacex-starlink-satellites.html https://planet4589.org/space/con/star/stats.html SpaceX met la Terre à l’ombre Je dis que SpaceX “met littéralement la Terre à l’ombre” avec un gigawatt de datacenters orbitaux. On ne va pas vraiment mettre la Terre à l’ombre. L’image sert à montrer l’absurdité d’échelle et la privatisation du bien commun. La formulation plus juste serait : on va pourrir l’orbite basse avec des infrastructures solaires orbitales, des systèmes de refroidissement, des radiateurs impossibles à maintenir, des risques orbitaux et des externalités sur un espace commun déjà très occupé. On a déjà accepté Starlink. Est-ce qu’on va accepter ça aussi ? Probablement.